Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
Mili est une amie peintre rencontrée aux ateliers collectifs de La Forge de Belleville, originaire d'Argentine elle tente de faire de la solidarité avec d'autres créateurs une façon de vivre et ses peintures sont vraiment trop chouettes, ainsi que son histoire !
Entretien avec
Peintre
2005

Photo Jacques Du Mont
Peux-tu nous dire pour commencer quelles sont tes origines et quel a été ton parcours pour arriver ici dans cet atelier qui se trouve parmi d’autres ateliers d’artistes à la Forge de Belleville ?
Mili Presman : Je suis originaire d’Argentine. L’Argentine est un pays où les gens ont beaucoup d’origines étrangères. Mes grands-parents sont d’Europe de l’Est, Russes, Polonais, Roumains… Moi je suis de la deuxième génération, d’origine à la fois juive et d’Europe de l’Est. Et comme ma famille n’est pas pratiquante, je me suis parfois sentie un peu sans véritable identité. Mais je me suis rendue compte que c’est le cas de beaucoup de Juifs argentins. On est un peu nomades. Je suis née à Cordoba qui est la seconde ville du pays.
Et comment t’es venu ce goût pour la peinture ?
MP : Ça m’est venu très petite. En Argentine il y a école seulement le matin ou l’après-midi. Et mes parents qui sont d’origine européenne ont fait comme on le fait ici, ils nous ont envoyé apprendre l’anglais, la danse et
Tu as travaillé longtemps la céramique ?
M P : Oui, ça me plaisait et c’est pour ça qu’il y a de la matière dans mes toiles. Mais là-bas c’est très mal vu car c’était les Indiens qui faisaient de la céramique… A l’époque il n’y avait pas de céramique artistique ni d’école d’art où apprendre, c’était de la céramique utilitaire. Et ma famille ne l’admettait pas. En plus, c’était l’époque des militaires, et je ne voulais pas rester dans mon pays. J’avais vingt ans, je ne m’entendais pas avec mes parents, avec une amie on a ramassé un peu d’argent, on a pris le bateau et on est parties…
Vous êtes parties comme ça, à l’aventure toutes les deux ?
M P : Oui… et je n’avais aucune idée de ce qu’était l’Europe. On est parties en bateau. La traversée pour l’Espagne durait dix-sept jours, dix-sept jours où tous les rêves étaient permis. En Argentine c’était une période vraiment dure. Moi je ne supportais plus. Il y avait des persécutions, des camps de concentration, des amis qui mouraient et on faisait comme si rien ne se passait. Chez moi on n’en parlait pas. Beaucoup de jeunes entre 17 et 20 ans s’engageaient contre les militaires et prenaient les armes. Moi j’avais peur de prendre les armes. Mais je ne voulais pas accepter ce qui se passait et ne rien faire. Et puis mon père ne me parlait plus, alors on est parties… On n’avait rien, mais on était inconscientes. Moi j’ai beaucoup de chance dans la vie et à chaque fois que j’ai entrepris quelque chose comme ça, ça a bien tourné.
Donc tu es arrivée en Espagne et comment t’es-tu débrouillée ?
M P : D’abord je voulais faire de
Et pourquoi ce choix de Paris, alors que tu ne parlais pas le français, c’était un obstacle non ?
M P : Déjà pour nous en Argentine la France c’est le pays de l’art. C’était un rêve… J’avais une adresse à Paris d’une jeune fille qui était venue chez moi dans le cadre des échanges internationaux, et c’est elle qui m’a trouvé un travail comme fille au père. Ça a été l’année la plus dure de ma vie car je suis très bavarde et je ne parlais pas un mot de français ! J’avais 22 ans et j’ai parlé le français au bout de trois mois. J’étais obligée d’apprendre puisque je ne pouvais pas parler une autre langue ! Ça s’est passé à chaque fois comme ça lorsque j’ai dû apprendre une langue. Maintenant que je me rends en Egypte régulièrement car mon ami est égyptien, je parle arabe assez bien pour me débrouiller. Je me suis trouvée à un moment toute seule avec les femmes au village durant deux mois, et je t’assure que j’ai appris très vite pour pouvoir parler.
Donc pour en revenir aux voyages et à l’exil qui marquent certaines de tes toiles puisqu’on y retrouve ces personnages en errance avec une valise, tu as toujours eu envie de partir, de connaître d’autres espaces ?
M P : J’ai vécu déjà aux Etats-Unis durant un an dans le cadre de ces échanges internationaux lorsque j’avais seize ans. Et j’ai appris l’anglais. Je crois que l’idée de voyager a commencé là. Mais l’histoire de la valise que tu as vue et qui est sur les peintures, ça n’est pas uniquement une histoire de voyage. Moi je me retrouve avec ma famille en Argentine, mon ami en Egypte, et ma vie ici en France. Je me suis trouvée à un certain moment ne sachant plus quel chemin je voulais prendre, où aller, où vivre pour finir… Je suis toujours tiraillée. Et la valise a pris beaucoup de signification en faisant les tableaux. Les choses sont sorties sans que je m’en rende compte et elles ont eu un sens. Certaines personnes m’ont acheté les tableaux où il y a la valise pour leur fille de vingt ans car c’est le moment du départ dans
A suivre...

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