Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

Camion blanc
Aux enfants du Liban et de Palestine
Paris, Vendredi, 18 août 2006
C’était un grand camion blanc
Un grand camion blanc qui roulait très lentement
Un camion rempli d’enfants riant
D’enfants jouant dormant rêvant
Qui roulait depuis longtemps
Sur le bitume brûlant collant
Du vaste désert de pierres chauffé à blanc
Avec du rouge aussi comme du sang
Et avec un vieil homme au volant
Qui en avait vécu des histoires
Le grand camion cahotait drôlement
Vers un pont là juste devant
C’était un grand pont aux piliers blancs
Sous un soleil étourdissant
Il traversait un fleuve tranquillement
Où mouraient des mares d’argent
Dans le désert de pierres vibrant
Un fleuve porte de l’eau aux gens
Précieux comme les yeux d’un être aimant
Un grand pont qui avait l’air content
Et beaucoup de fleurs de nénuphars
Avec leurs grands pétales blancs
Eclatés par erreur vraiment
Un peu de rouge aussi comme du sang
C’était un grand camion blanc
Un grand camion blanc qui roulait très lentement
Il n’avait presque plus de carburant
Avec sa cargaison d’enfants insouciants
Vers le pont à traverser pas d’histoires
C’était un grand pont aux piliers blancs
A traverser tout simplement
Un fleuve où la vie buvait goulûment
Ses rêves oubliant les guerres d’avant
Le vieil homme au volant prenait son temps
Ecoutait les rires des enfants
Des oiseaux tombés sur lui des cerfs-volants
Ravi de les emmener pas d’histoires
Sur une terre sans barbelés arrogants
C’était un paysan mais maintenant
Fini sa maison ses arbres son champ
Ses oliviers de poussière blancs
De cendres aussi alors en avant !
Arrivé près du pont étincelant
De lumière et ses voiles criant
« Il ne faut pas ! Il ne faut pas ! » Pourtant
Le camion avait pris de l’élan
Pendant que les pierres du pont chauffées à blanc
Répétaient « Il ne faut pas ! » comme un chant
Les enfants tambourinaient sur l’acier ardent
C’était la fête du grand camion blanc
Parti il y a si longtemps
D’un village éclaté par erreur vraiment
Un village d’argile aux murs d’été mouvants
C’était un grand village blanc
Avant avec du rouge comme du sang
Un grand village blanc rempli d’histoires
Que racontaient le soir les vieilles aux enfants
Arrivé près du pont resplendissant
Dans le soleil son bouclier géant
Carillonnait « Il ne faut pas ! » Pourtant
Joyeux se précipitait le vieux paysan
Hurlaient de terreur dans les mares d’argent
Aux rires des enfants les fleurs de nénuphars
« Il ne faut pas ! Il ne faut pas ! » Vraiment
Toute la terre en même temps
Faisait la ronde autour du camion blanc
Qui prenait par erreur d’aiguillement
Le chemin de feu de fer de sang
C’était au volant un vieux paysan
Il a cru entendre des gémissements
En haut de la colline une ombre du vent
Modelée par des mains de bonté vraiment
C’était un très grand arbre blanc
Qui attendait là depuis si longtemps
D’au-dessus des bruits du monde venait son chant
Juste avant le pont le vieux paysan
A arrêté le grand camion blanc
Le grand camion blanc rempli d’enfants
Courant sautillant boitillant
Prenant la main des petits les plus grands
Avec le vieux ils vont troupeau de cerfs-volants
A l’appel de l’arbre vite c’est urgent !
Et s’il allait mourir que deviendrait le temps ?
Le temps léger d’inventer des histoires
C’était un grand arbre blanc
Totem de leurs rêves et de leurs mémoires
Je t’ai entendu a dit le paysan
Que faut-il faire maintenant ?
Aussi vieille que l’arbre une source descend
Vers le grand désert blanc très lentement
Qu’elle rejoindra dans cent mille ans
Et au-dessus du pont c’est maintenant
Qu’un avion s’installe incandescent
Pour une pluie d’été d’acier bruissant
De force du dieu ciel écartelant
En un forage géant passé présent
Faisant jaillir du fleuve une eau noire de sang
Nouveau combustible pour les camions blancs
Qui éclate à son tour une erreur vraiment
En pétales vivants c’est un brasier navrant !
C’était sans doute un grand arbre blanc
A ses pieds le vieux paysan
Assis dans l’ombre légère du temps
Raconte aux enfants une ancienne histoire
Tout près du village aux lampes brillant
De mille fraîches flammèches d’argent
Comme l’enfance dans leurs yeux le soir
Voletant « … C’était un grand camion blanc… »
