Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

L'habit vert
Leïla Sebbar
Les filles celles-là toutes les deux « une Blanche une Noire et canon en plus » le travail du ramassage des choses qu’on jette elles l’ont eu par la mairie « Avec le roule-sacs vert on fait la rue, les trottoirs, les rigoles. » C’est un job qu’ils donnent aux gens qui viennent d’ailleurs ou aux jeunes aussi seize ans des fois à peine… on les voit dans le costume vert trop grand et surtout il n’a pas de formes avec de la toile comme du plastique et les rayures jaune citron fluo en bas du pantalon et des manches on ne voit pas leurs mains…
« … Un soir j’ai parlé à mon amie de ce petit livre de la bibliothèque. L’histoire d’un Africain balayeur qui parle à son balai… Habillé en bleu. Nous c’est vert avec une chasuble à bandes fluo… »
L'habit vert
Ce costume vert il y a des jeunes qui l’aiment bien ils nous l’ont dit quand on leur parle parfois c’est presque un déguisement comme dans une série TV.
Les filles ici elles vivent autrement que dans les pays du Sud l’Afrique ou l’Asie aussi elles ont presque la liberté et leur corps elles en font ce qu’elles veulent ça n’est pas un objet enfin pas toujours… « … Se sauver, pour aller où ? Rattrapée on l’aurait punie et la matrone aurait été plus cruelle. Les petites filles parlaient d’elle avec effroi et les mères confiaient les corps fragiles à ces mains au couteau… » Elles en font ce qu’elles veulent si elles ont la force d’échapper à la famille à la rue et à ses macs. Si elles ne se retrouvent pas sur un trottoir goudron comme les femmes dans ce pays celles qui n’ont rien mais pas encore les petites filles enfin on ne sait pas… « … on parle de la misère grande pourvoyeuse d’enfants pour les bordels pas seulement sur ce continent, alors tous les parents pauvres prostituent leurs fils et leurs filles… »
La vieille qui raconte Sous le viaduc « … Elle est assise sur le banc vert. » Elle a été élevée dans un bar en Afrique un de ces bistrots où on entend la misère du monde qui vient bouillir là c’est plutôt bien comme école de la vie. « … le Café de France, un pauvre Café pour les pauvres et elle, petite fille derrière le bar. » Elle parle de son enfance aussi « … Ce qu’elle entendait dans la salle du Café de France l’intriguait… Elle écoutait… »
Elle était une gamine heureuse même si la joie des rues ouvertes sous le soleil elle n’a pas connu comme les garçons des quartiers pauvres des tous les pays d’Afrique pareils à ceux où a grandi Camus qui était un gamin des rues peut-être un voyou ainsi qu’ils les nomment les journalistes dans leurs papiers sur la banlieue… On l’a oublié et parmi les centaines de pages qu’on écrit sur lui aujourd’hui on ne raconte pas l’histoire de celui qui a grandi sur trottoir blues et qui était semblable à Hélicon un drôle de chercheur de lune.
La vieille aujourd’hui Sous le viaduc « … elle n’a plus l’énergie depuis qu’elle vit sans maison. Elle ne racontera pas pourquoi la rue c’est son pays. » elle peut songer à son enfance elle n’a pas été battue elle n’a pas été jetée dehors comme les jeunes filles qu’on rencontre souvent le soir dans Paris devant la porte des magasins où les gens qui y vont ont de l’argent assises sur une couverture si elles en ont si dans leur squatt on ne la leur a pas fauchée…
Il y a un chien avec elles et c’est lui qui les protège. On imagine des types de toutes sortes et des gens bien qui veulent les chasser. Ces jeunes filles elles sont belles un visage délicat comme sur les images du Greco à Tolède presque des enfants ou des madones très jeunes parfois elles ont des nattes pareilles à celles des petites Africaines avec des perles de couleur et des vêtements de tissus écarlates ou verts aussi comme celles du Greco… Qui va les empêcher un jour à cause de la pauvreté de se prostituer avec leur corps d’enfant ?
Et les parents alors ! Qu’est-ce que c’est que des parents qui laissent leurs enfants à la rue et qui s’en moquent ? « … Tu seras même pas capable de balayer les rues », pourquoi une mère dit ça à sa fille, pourquoi une mère n’aime pas sa fille ? »
Ces jeunes filles au regard qui t’accroche parce que tu songes que toi aussi il y a trente ans tu aurais pu… mais ça n’était pas un temps de cruauté… et que leurs yeux ronds d’enfance te font mal au ventre quand tu les croises souvent elles ne veulent pas entrer dans la ronde sociale qui ferait d’elles quelqu’un qui a une place quelque part et un endroit où habiter… ces choses qui enferment et que les garçons au bas de blocks aimeraient bien avoir aussi.
Elles ne sont pas comme les deux gamines « … une Blanche une Noire… » qui travaillent avec « l’habit vert » et celle qui est venue d’Afrique a eu l’idée magique grâce à « l’heure du conte » de faire de l’habit vert un costume de cérémonie pour les défilés de mode. « … On s’est habillées, on a fait les mannequins dans le foyer, on a été très applaudies »
« Un soir j’ai parlé à mon amie de ce petit livre de la bibliothèque. L’histoire d’un Africain balayeur qui parle à son balai, si je me souviens bien. Habillé en bleu… C’est lui, le livre et l’homme en bleu, je les reconnais. Ça s’appelle Vieux frère de petit balai. L’histoire, je ne l’avais pas oubliée. La moufle rouge d’un enfant. La balayeur coiffe son balai pour l’hiver, l’enfant retrouve sa moufle et ils deviennent amis. J’ai écrit d’autres histoires de balayeur. » L’habit vert
A suivre...
