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Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

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“ Un mal incurable ” Guernica Chatila Gaza…

  Un mal incurable ” Guernica Chatila Gaza…

 

      Le poète palestinien Mahmoud Darwish écrivait “ Nous souffrons d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir. Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d’amour et de paix. ”.
      En regardant et en écoutant chaque jour ce qui se passe à Gaza depuis que ce piège ignoble et meurtrier a été refermé sur une population civile qui ne peut fuir ni se réfugier nulle part comme on l’a encore vu aujourd’hui avec le bombardement de l’école de l’ONU je me dis qu’en fait la mort du poète palestinien Mahmoud Darwich au mois d’août cet été a été une chose heureuse…
      Comment lui qui aimait tant son pays et son peuple et qui n’avait de cesse de plaider pour la paix et la poésie vivrait-il l’extermination programmée pour les raisons les plus abjectes et froidement déterminées par un Occident en pleine crise qui a besoin de s’en sortir par la guerre ce qu’il a toujours fait ?
      Ce qui se passe aujourd’hui à Gaza n’est rien d’autre qu’un nouveau Guernica avec en prime le fait qu’on ne retrouve nulle part ailleurs une population complètement emprisonnée dans un espace de mort d’où elle ne peut sortir.
      Mais ce qui se passe à Gaza en ce moment n’a rien de nouveau. Cela a déjà été expérimenté sur la population civile palestiniennes à maintes reprises depuis le début de la colonisation et cette forme de tuerie s’était produite à Chatila en 1982 sans que personne n’intervienne. Les mots de Jean Genet dans “ Quatre heures à Chatila ” pourraient être repris exactement aujourd’hui avec les nouvelles technologies plus barbares encore s’il est possible qui ont déjà été utilisées au Liban en août 2006…

      Notre silence demeure le même aussi épouvantable et honteux et notre impuissance à arrêter ce massacre des populations civiles est le pire des échecs de notre monde et de notre civilisation.

 

Sabra et Chatila le 15 septembre 1982

Quatre heures à Chatila  Jean Genet

 

      ( ... ) " Une photographie a deux dimensions, l'écran du téléviseur aussi, ni l'un ni l'autre ne peuvent être parcourus. D'un mur à l'autre d'une rue, arqués ou arc-boutés, les pieds poussant un mur et la tête s'appuyant à l'autre, les cadavres, noirs et gonflés, que je devais enjamber étaient tous palestiniens et libanais. Pour moi comme pour ce qui restait de la population, la circulation à Chatila et à Sabra ressembla à un jeu de saute-mouton.
      Un enfant mort peut quelquefois bloquer les rues, elles sont si étroites, presque minces et les morts si nombreux. Leur odeur est sans doute familière aux vieillards : elle ne m'incommodait pas. Mais que de mouches. Si je soulevais le mouchoir ou le journal arabe posé sur une tête, je les dérangeais. Rendues furieuses par mon geste, elles venaient en essaim sur le dos de ma main et essayaient de s'y nourrir. Le premier cadavre que je vis était celui d'un homme de cinquante ou soixante ans. Il aurait eu une couronne de cheveux blancs si une blessure ( un coup de hache, il m'a semblé ) n'avait ouvert le crâne. Une partie de la cervelle noircie était à terre, à côté de la tête. Tout le corps était couché sur une mare de sang, noir et coagulé.
      La ceinture n'était pas bouclée, le pantalon tenait par un seul bouton. Les pieds et les jambes du mort étaient nus, noirs, violets et mauves: peut-être avait-il été surpris la nuit ou à l'aurore ? Il se sauvait ? Il était couché dans une petite ruelle à droite immédiatement de cette entrée du camp de Chatila qui est en face de l'Ambassade du Koweit. Le massacre de Chatila se fit-il dans les murmures ou dans un silence total, si les Israéliens, soldats et officiers, prétendent n'avoir rien entendu, ne s'être doutés de rien alors qu'ils occupaient ce bâtiment, depuis le mercredi après-midi ? ( … )

 

      ( … ) Au milieu, auprès d'elles, de toutes les victimes torturées, mon esprit ne peut se défaire de cette vision invisible : le tortionnaire comment était-il ? Qui était-il ? Je le vois et je ne le vois pas. Il me crève les yeux et il n'aura jamais d'autre forme que celle que dessinent les poses, postures, gestes grotesques des morts travaillés au soleil par des nuées de mouches.
      S'ils sont partis si vite ( les Italiens, arrivés en bateau avec deux jours de retard, s'enfuirent avec des avions Hercules ! ), les marines américains, les paras français, les bersaglieri italiens qui formaient une force de séparation au Liban, un jour ou trente-six heures avant leur départ officiel, comme s'ils se sauvaient, et la veille de l'assassinat de Béchir Gemayel, les Palestiniens ont-ils vraiment tort de se demander si Américains, Français, Italiens n'avaient pas été prévenus qu'il faille déguerpir à toutes pompes pour ne pas paraître mêlés à l'explosion de la maison des Kataëb ? ( … )
      ( … ) “ Il sera très facile à Israël de se dégager de toutes les accusations. Des journalistes dans tous les journaux européens s'emploient déjà à les innocenter : aucun ne dira que pendant les nuits de jeudi à vendredi et vendredi à samedi on parlait hébreu à Chatila. ” C'est ce que me dit un autre Libanais.
      La femme palestinienne ‑ car je ne pouvais pas sortir de Chatila sans aller d'un cadavre à l'autre et ce jeu de l'oie aboutirait fatalement à ce prodige : Chatila et Sabra rasés avec batailles de l'immobilier afin de reconstruire sur ce cimetière très plat - la femme palestinienne était probablement âgée car elle avait des cheveux gris. Elle était étendue sur le dos, déposée ou laissée là sur des moellons, des briques, des barres de fer tordues, sans confort. D'abord j'ai été étonné par une étrange torsade de corde et d'étoffe qui allait d'un poignet à l'autre, tenant ainsi les deux bras écartés horizontaux, comme crucifiés. Le visage noir et gonflé, tourné vers le ciel, montrait une bouche ouverte, noire de mouches, avec des dents qui me semblèrent très blanches, visage qui paraissait, sans qu'un muscle ne bougeât, soit grimacer soit sourire ou hurler d'un hurlement silencieux et ininterrompu. Ses bas étaient en laine noire, la robe à fleurs roses et grises, légèrement retroussée ou trop courte, je ne sais pas, laissait voir le haut des mollets noirs et gonflés, toujours avec de délicates teintes mauves auxquelles répondaient un mauve et un violet semblable aux joues. Étaient-ce des ecchymoses ou le naturel effet du pourrissement au soleil ?

      - Est-ce qu'on l'a frappée à coups de crosse ?

      - Regardez, monsieur, regardez ses mains.

      Je n'avais pas remarqué. Les doigts des deux mains étaient en éventail et les dix doigts étaient coupés comme avec une cisaille de jardinier. Des soldats, en riant comme des gosses et en chantant joyeusement, s'étaient probablement amusés en découvrant cette cisaille et en l'utilisant.

      - Regardez, monsieur.

      Les bouts des doigts, les phalangettes, avec l'ongle, étaient dans la poussière. Le jeune homme qui me montrait, avec naturel, sans aucune emphase, le supplice des morts, remit tranquillement une étoffe sur le visage et sur les mains de la femme palestinienne, et un carton rugueux sur ses jambes. Je ne distinguai plus qu'un amas d'étoffe rose et grise, survolé de mouches. ( … ) "

 

      Qui seront les Jean Genet aujourd'hui pour écrire témoigner de ce qu'on fait aux enfants aux femmes aux vieillards de Gaza ?
      Qui seront les Camus pour demander une Trêve Civile comme il l'avait fait en Algérie un soir de 1956 au Cercle du Progrès où il a été conspué par la plupart de ses compatriotes ?

      Face à cette horreur nous reste le poème… les poètes palestiniens sont toujours au cœur de ce qui est le destin de leur peuple depuis 60 ans des créateurs dont les mots justes et d’une beauté douloureuse et humaine nous offrent la seule lumière possible…

 





Le 30 décembre 2008 Gaza

Le nuage de la mort

Zyiad Abualrob

 

Le cadavre de la petite est encore chaud sous les décombres,

Son âme s'est envolée tel un rossignol  se cachant de la pluie de décembre

Mais la pluie n'est que feu sur  Gaza aujourd'hui.

La main droite de la petite enfant est ensanglantée sous les ruines de la maison - d'où ses yeux ouverts observent à travers un trou dans le béton effondré -

un ciel cuivré,

Elle a vu des soldats pilotant des aigles de fer

                                     Ces nuages d'acier sèment la mort à Gaza.

Et sa main gauche est amputée, alors qui va feuilleter les livres scolaires ? Qui fera le devoir de mathématiques ? Qui dessinera une maison, un chemin et des fleurs dans le jardin ?

Qui ?

 

Le nuage des morts, le nuage d'acier pleut un enfer

L'absence des martyrs  s'envole et devient un nuage arrosant de sang ceux qui sont venus de New York, de Paris, de Moscou ou d'Ethiopie,

Et qui sont devenus des soldats pour défendre le nouveau Massada …

Le nuage des morts est noir et lourd, martyr et plein de colère…

Prenez garde ô soldats lorsque le nuage de petits martyrs pleuvra sur vos casques des larmes ensanglantées…

Prenez garde d'un nouvel exode et d'une errance éternelle…

 

Relâches tes renards d'acier

Dans les champs de Gaza,

Dans les ruelles étroites des camps de réfugiés

Dans les universités

Ô Samson, le nouveau suicidaire...

Les abeilles ne nichent plus dans les gueules de lions abattus

Il n'y a plus de mâchoire d'âne dans ta main pour en tuer mille braves

Il n' y a plus de prostituée pour te flatter et voler le secret de ta force

Ni de tresses de cheveux divins sur tes épaules

Il n' y a pas de paroles pour maudire l'œuvre de tes mains

Alors, arrache - si tu veux - les colonnes sur lesquelles s'élève Gaza

Et prends garde - après les bombardements, s'il ne reste plus de toits - que le ciel ne tombe dessous.

 

Bruxelles, le 30 décembre 2008.

 

Ce poème est publié en arabe sur le blog de

http://naim.over-blog.org/

        Enfant au camp de Khan Younès au sud de Gaza en 1993          

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L
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S
Ce qui devrait être fait par tout:<br /> <br /> REQUETE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE<br /> <br /> Les associations soussignées : [… voir à la fin … ]<br /> <br /> Ayant pour avocat Maître Gilles Devers, du Barreau de Lyon, […]<br /> <br /> Ont l’honneur de vous demander, par application de l’article 8 du Traité de Rome du 17 juillet 1998 instaurant la Cour Pénale Internationale de la Haye, de bien vouloir saisir d’un plainte<br /> <br /> - d’une part le Conseil de Sécurité (articles 12 et 13 b)<br /> <br /> à l’encontre de<br /> <br /> M. Shimon PERES, Président de l’Etat d’Israël,<br /> <br /> M. Ehud OLMERT, Premier Ministre et Ministre des Affaires sociales de l’Etat d’Israël<br /> <br /> Mme Tzipi LIVNI, Premier Ministre suppléant et Ministre des Affaires étrangères de l’Etat d’Israël,<br /> <br /> M. Ehud BARAK, Premier Ministre adjoint et Ministre de la Défense de l’Etat d’Israël,<br /> http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7766
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S
je vous avais écrit une réponse longue sur le désespoir qui nous saisit de voir la massacre se faire â Gaza, sans pouvoir rien faire, parce que les médias, les politiciens et les faux intellectuels sont avec les assassins, pas avec les assassinés. Et ils justifient ces horribles crimes. Mais le commentaire fut supprimé par une censure três active sur rue 89 qui cible et censure tout ce qui n´est pas adhésion complète aux meurtriers israeliens. Mais vous connaissez la France et le monde aussi bien que moi, cela fait peur...
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